La mort est toujours une voleuse.
J'ai beau le savoir elle me surprendra toujours.
Je peux en parler, la mettre dans des mots, la prononcer en discours, l'écrire en livres je n'en saurai jamais rien.
La mort surviendra toujours au moment que je n'attends pas.
Même si j'en connaissais l'heure et le jour, elle restera inattendue.
La mort ne peut que dérouter non parce qu'on n'y est jamais prêt mais parce que c'est sa vocation : elle dé-route...
elle oblige à prendre une autre route, elle quitte la route des certitudes pour obliger à l'inconnu.
Les signes ont beau être annoncés jusqu'à en devenir évidents ma tête continue d'en refuser le deuil.
Je cache la mort comme on cache sa faute ou comme on cache sa peur ou ses malheurs.
Si je la cache aussi à l'autre c'est sans doute pour mieux pouvoir me la cacher à moi-même.
Je ne connais de ma mort que la mort de l'autre et la mort de l'autre
commence par m'annoncer ma propre mort.
Je ressens comme une injure ceux qui devant la mort chantent " magnificat " ou " alléluia ".
Il me semble qu'ils font les fiers devant la mort, il n'y a pas de conquérant devant la mort !
Au contraire, la mort est le ciel le plus profond de toute humilité.
La mort est cette fragilité qui bien au-delà de ses conquêtes fait la vraie grandeur de l'homme.
Ceux qui chantent ainsi à pleine joie devant la mort veulent dire qu'ils ont vaincu la mort, ils font seulement semblant de l'ignorer.
Seul Dieu a vaincu la mort.
La mort est un mystère, c'est le mystère même de l'homme et personne ne peut le lui voler, personne, pas même la religion, ni même la foi.
Quant à Dieu lui-même il a refusé de tricher avec la mort, il l'a faite sienne, il l'a épousée dans les larmes et le sang.
Jean Debruynne