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Les rites funéraires dans le monde : L'Argentine

(Salon Funéraire Edition).

La mort n'est que le passage d'une frontière

En Argentine, la mort est un acte naturel de la vie sociale ; elle ne prend pas les allures d'une rupture dramatique, d'une séparation absolue, comme souvent dans l'occident boréal. Ce n'est pas, pour le défunt, un anéantissement, c'est le passage d'une frontière pour un "ailleurs", sans qu'on cherche trop à savoir, il est vrai, ce qu'est cet ailleurs.

Dans ces conditions, les cérémonies funèbres sont graves mais pas tristes. Les parents et amis se réunissent, parlent du défunt de manière détendue et abordent bien d'autres sujets. Les maisons mortuaires, où, le plus souvent, on transporte le corps, sont dotés d'un bar et de salles de séjour avec sièges confortables, de terrasse-jardins, de patios, de "pièces intimes", avec toilette et kitchenette pour ceux qui veulent se reposer ou se restaurer un peu, le tout avec chauffage, s'il fait froid, et air conditionné, s'il fait chaud, téléphone privé, pour ceux qui ont quelques affaires à traiter. Cela donne une idée de l'ambiance qui peut y régner.

La "fête" mortuaire

Dans certaines régions, et surtout dans les cérémonies funèbres populaires, cela tourne à la fête mortuaire, on chante, on danse, comme dans les communautés noires de la Nouvelle Orléans. Parfois, même, on boit au séjour du défunt en paradis ; on espère qu'il y est, qu'il est heureux, pourquoi serait-on triste,
Cela peut paraître choquant mais très logiquement, ce sont, dans ce genre, les enterrement d'enfants qui sont les plus joyeux. En effet, on considère que l'esprit de l'enfant est pur, il est donc monté au ciel ; en toute certitude, il est devenu un angelot ; il n'est pas opportun, par conséquent, de pleurer. Il n'y a, dans tout cela, aucun irrespect pour le défunt, ni dérision envers le mort.
Pourtant, le corps du mort est considéré avec méfiance. On craint qu'il ne soit porteur de microbes, que la mort ne soit, en quelque sorte, contagieuse. Aussi cherche -t- on à s'en isoler. On évitera tout contact avec le cadavre, on le mettra dans son cercueil le plus vite possible et le plus loin possible de la maison.

D'où l'utilisation assez généralisée des maisons mortuaires, sur l'ensemble du pays, dans la totalité des cas à Buenos Aires et, pratiquement, dans toutes les grandes villes ; encore que les dimensions de l'Argentine, près de six fois la France, entraînent des différences dans les rites funéraires, suivant les lieux et suivant les catégories socio-professionnelles.

Mais pour bien marquer les sentiments que l'on éprouve pour le défunt, la chapelle ardente où repose le corps, dans son cercueil, est abondamment ornée de croix, de cierges, de cordons autour du catafalque et, surtout, d'une profusion de fleurs. Quand il est en bois, le cercueil est orné lui-même de ferrures, de symboles religieux, de la plaque d'identification, en cuivre gravé. A l'intérieur, le mort repose dans un linceul de toile simple, mais il est encadré d'une dentelle fine qui borde le cercueil.

Parfois, marque extrême de considération, le corps embaumé est exposé aux regards de l'entourage dans un cercueil de verre. L'embaumement de longue durée est assez fréquent en Argentine, "il efface l'horreur de la mort". En somme, l'Argentin repousse les témoignages de la déchéance du corps, car ils s'opposent à l'image tranquillisante du passage dans un "ailleurs" à laquelle il tient.

Pour la même raison, il n'est pas favorable à l'incinération qui représente un faible pourcentage des cérémonies funèbres.

Autre marque d'estime affichée, le luxe des voitures du cortège voiture-corbillard, voiture porte-fleurs, voitures d'accompagnement. Il est caractéristique que la publicité faite par les entreprises de pompes funèbres porte, le plus souvent, sur les voitures qu'elles mettent au service de la clientèle. Certains carrossiers se sont fait une spécialité de voitures somptueuses pour convois funèbres.

Les cimetières



A l'origine, les cimetières argentins jouxtaient l'église, comme en beaucoup d'autres pays chrétiens. Le développement des villes et la séparation de l'Église et de l'Etat, lors de la Révolution, ont entraîné la création de cimetières civils officiels. A Buenos Aires, il y a deux grands cimetières la Chacarita, qui est immense, et la Recolta, plus "riche" (un caveau peut y coûter jusqu'à 1 million de dollars).

On assiste, actuellement, en Argentine comme en d'autres pays, à l'apparition de cimetières privés qui proposent aux familles, par l'intermédiaire de démarcheurs, des services plus personnalisés mais ils font payer leurs emplacements beaucoup plus cher. Il est vrai qu'ils proposent en même temps des conditions de crédit.

L'inhumation a lieu, le plus souvent, dans des tombes classiques, signalées par des monuments plus ou moins importants. Mais elle peut aussi se faire dans des cryptes, appelées panthéons", où sont aménagées un certain nombre de sépultures, dans une unité de style cryptes gréco-romaines, médiévales, gothiques... ou "modernes", c'est-à-dire en béton nu ou percé de vitraux ces cryptes sont alors appelés "cryptes vitrines".

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