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Voir aussi
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Dossiers: les rites funéraires et les
religions, les rites funéraires et les civilisations.
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Les rites funéraires des Chams sont fortement marqués par la religion qu'ils pratiquent...
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La religion chrétienne apporte le salut par la grâce...
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La tolérance des hindoux, en matière spirituelle est remarquable.
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Le judaïsme adhère aux principes moraux et spirituels qui forme la base de sa foi..
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Recherches
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Pompes funèbres >
Les rites funéraires > et les Religions > L'islam
L'Islam
INTRODUCTION
Qu'est-ce que l'Islam? Une religion, bien
évidemment. Mais beaucoup ajoutent aussitôt que c'est en même temps une culture, une
civilisation, un mode de vie. D'autres insistent sur le caractère fondamentalement
politique propre à cette religion. Tout cela est vrai, en grande partie.
L'islam est une continuité du christianisme
et du judaïsme. Il prône souvent les mêmes valeurs que ces deux religions. Il ne s'agit
pas, comme dans la religion des anciens Grecs ou des Gaulois par exemple de conceptions et
de pratiques adoptées pour l'essentiel par un peuple entier depuis des temps immémoriaux
avec une organisation culturelle qui ne se distingue guère de l'organisation sociale.
Aucun acte d'adhésion n'est nécessaire, puisque l'appartenance au groupe social
"naturel" entraîne automatiquement la participation aux idées et aux pratiques
de celui-ci.
Telle était aussi la religion des anciens Arabes.
Les dogmes de l'islam requièrent
l'acquiescement de chaque individu et les pratiques sont aussi des actes personnels qui
mettent en rapport directement avec Dieu. Nul clergé intermédiaire n'est indispensable
pour établir une relation valide avec le divin. Pourtant, dès le début, les musulmans
formaient un groupe particulier, une communauté, un ensemble organisé, structuré, uni
autour de cette foi que matérialisent les rites.
Un personnage historique, Mahomet, fils dAbd
Allàh, du clan de Hàchim, de la tribu de Quraych, né vers 570-580 à La Mecque, mort en
632, appelé à partir de 610 environ, qui le voulait, à rejoindre un nouveau groupe
défini par l'adhésion aux idées qu'il proclamait, par la pratique de rites qu'il
définissait et par la reconnaissance de son autorité.
En effet, après Moïse, Elie et Jésus, Mahomet a été instruit
par Dieu, grâce à l'archange Gabriel, lequel lui a dicté le Coran. Islam veut dire
"soumission à Dieu" et Coran veut dire "récitation".
Mahomet récitait continuellement et de mémoire l'ensemble des sourates (chapitres)
composées de versets. La première sourate, la Fatiha (celle qui ouvre) est utilisée
dans les prières funéraires.
De son vivant, le prophète n'a jamais fait écrire le Coran mais il
a obligé ses fidèles à l'apprendre par cur et à le réciter. Aujourd'hui
encore, les musulmans s'astreignent à cet exercice, la tradition orale étant très
importante en Orient. Grâce à la convergence des récits oraux du Coran, celui-ci a pu
être écrit en reproduisant sans fautes le message intégral du prophète. Les
spécialistes sont unanimes pour considérer le Coran comme une source fidèle et exacte,
non déformée depuis la mort de Mahomet.
Avant d'être un livre, le Coran est une parole, celle d'Allah. La
difficulté de sa compréhension n'en est pas moindre pour autant. Outre le fait que, par
sa spécificité de transmission orale, le Coran a été écrit sans qu'il y ait
forcément une suite d'un verset à l'autre, le lecteur doit prendre en compte la part
mystérieuse et divine du message, c'est-à-dire qu'il doit laisser son esprit s'ouvrir,
au fil de la lecture, à la dimension du Coran qui échappe à la logique humaine. Le
texte est donc ésotérique, ce qui explique que jusqu'ici, même les meilleurs docteurs
de la foi n'ont pas réussi à éclairer certains passages du Coran.
L'INELUCTABLE
L'Islam, avec sa thématique du bien et
du mal, ne se réfère pas à la notion de péché mais au contraire à la croyance en
Allah et au texte (Le Coran) affirmant sa suprématie. Le fidèle bénéficiera donc de la
promesse paradisiaque, tandis que l'infidèle se verra menacer du châtiment divin.
Toutefois, dans l'Islam, comme dans le christianisme, il existe une
certitude concernant l'inéluctabilité de la mort, exprimé dans le langage arabe
populaire par les expressions suivantes:
- Al mawt alina haqq : la mort a raison de nous
- Al mawt kayna : la mort existe
- Al mawt matkuba : la mort est écrite
Cette dernière expression renvoie l'homme à son destin et
tacitement à l'omnipotence du créateur.
Il y a une différence entre l'importance du purgatoire chez les
chrétiens, lieu qui leur permet de racheter leurs péchés, et le caractère anodin que
revêt cette demeure transitoire dans la conception islamique, le musulman étant croyant
d'emblée ou non. C'est à partir de cette opposition entre croyants et incroyants,
fidèles et infidèles que s'effectue l'appréhension de la mort.
Les fondements même de toutes les religions révélées supposent
une optique où la mort n'est pas conçue comme une fin ultime, une séparation totale
mais au contraire comme une transition, un passage vers un au-delà.
LA CROYANCE MYSTIQUE
Par l'effusion totale de son martyre avec le divin, Al Hallaj
s'offre complètement jusqu'à l'exécution sur le gibet, au milieu de la foule
déchaînée contre son infidélité aux normes.
Pour lui la mort, l'annihilation totale, traduisaient sa joie mais
aussi son refus et son abandon de l'Existence. C'est alors qu'il s'exclame : "
Tuez-moi donc, mes camarades, c'est dans mon meurtre qu'est ma vie ! Ma mort, c'est de
vivre, et ma vie, c'est de mourir ! Je sens que l'abolition de mon être est le plus noble
don à me faire, et ma survie tel que je suis, le pire des torts. Ma vie a dégoûté mon
âme, parmi ces ruines croulantes, tuez-moi donc et brûlez-moi, dans ces os périssables;
ensuite, quand vous passez près de mes restes, parmi les tombes abandonnées, vous
trouverez le secret de mon Ami, dans les replis des âmes survivantes. "
Ce que laisse à penser la tragédie d'Al Hallaj et de l'imaginaire
mystique en général, c'est la mort comme désir absolu. Ce mystique ne désire pas la
mort comme une fin en soi, ni comme un terme à la vie mais plutôt comme une
"communion", une fusion avec l'unique. Bien plus, il envisage la mort
"l'explication" au témoignage du divin. La croyance mystique est donc une
annihilation totale, un désir d'absolu, même s'il entraîne une certaine perte de
l'être. Et ce n'est pas par hasard si Al Hallaj s'est condamné à une expérience sans
précédent.
LES REPRESENTATIONS POPULAIRES
Cette optique religieuse et ses présupposées métaphysiques
conditionnent la croyance populaire. Cette dernière, à partir des données préalables,
construit des représentations où par exemple " les morts dans l'au-delà, mangent,
boivent, éprouvent des sentiments, sont capables de passion et même se reproduisent
!" C'est que la mort se définit, comme un passage, une transition, une sorte de vie,
qui prolonge, d'une façon ou d'une autre, la vie individuelle. Elle est selon cette
perspective, non pas une idée, mais une image, une métaphore de la vie, un mythe si l'on
veut.
C'est ainsi que la mort prend son plein sens de transition, de
passage, puisqu'elle part de l'instant du mourir jusqu'à la décomposition totale du
cadavre. Deux notions complémentaires paraissent composer ce thème : la première, c'est
que la mort ne se consomme pas en un acte instantané, elle implique un processus durable,
qui du moins dans un grand nombre de cas, ne sera considéré comme achevé que lorsque la
dissolution du corps aura elle-même pris fin, la seconde, c'est que la mort n'est pas une
simple destruction mais une transition : à mesure qu'elle s'achève, la renaissance se
prépare, tandis que le corps ancien tombe en ruine, un corps nouveau se forme avec lequel
l'âme, pourvu que les rites nécessaires aient été accomplis, pourra entrer dans une
autre existence souvent supérieure à l'ancienne.
A l'instar du rituel funéraire dont la finalité subtile est de
rassurer et par là même de réconforter les vivants, les images fabriquant un temps et
un espace prolongé de bien-être éternel négocient l'existence ici-bas, épargnent et
contribuent à la sécurité du croyant Encore une fois, ces images qui répondent
aux besoins de l'inconscient sont nécessaires au maintien et à la
revitalisation de la croyance. C'est grâce à cette puissance d'imagination que l'ethos
collectif prend durablement forme.
LA MORT NIEE
La mort n'est pas conçue dans l'Islam en tant que fin définitive,
mais au contraire en tant qu'accès à un autre monde Il existe des cultures qui redoutent
la mort et qui la nient, c'est le cas de la civilisation occidentale. Par exemple, en
Europe, dans les grandes villes industrialisées (et individualisées), on meurt rarement
chez soi.
Dès les premiers signes de la maladie ou de l'affaiblissement, le
malade ou l'agonisant est vite transporté à l'hôpital, ce qui a fait dire à J.
Baudrillard: " de toute façon, on ne meurt plus chez soi, on meurt à l'hôpital.
Pour des tas de bonnes raisons " matérielles "
(médicales, urbaines, etc.), mais surtout, en tant que corps biologique, le mourant ou le
malade n'a plus sa place que dans un milieu technique.
Sous prétexte de le soigner, il est donc déporté dans un
espace-temps fonctionnel qui se charge de neutraliser la maladie et la mort dans leur
différence symbolique "
Dès l'agonie, les mourants sont écartés des vivants Cette
exclusion sera encore plus frappante après la mort. L'individu cesse alors de faire
partie de l'univers des vivants et entre dans un système inclassable, " celui de
ceux qui n'existent pas ". la mort n'a plus rien de mystique, elle devient une
négation. Elle est considérée comme la fin logique du cycle biologique humain, et cette
idée même la rend horrifiante, à tel point que les thèmes qui abordent la mort
deviennent escamotés. Un grand silence couvre la mort.
LA MORT ACCEPTEE
En revanche, l'Islam confère à la vie terrestre des croyants une
dimension autre parce qu'il place le fidèle dans une perspective de vie éternelle Cette
idée d'éternité est consolidée par le verset suivant : " Comment êtes-vous
infidèles envers Allah, alors que vous étiez morts et qu'il vous a donné la vie, alors
qu' ensuite il vous fera mourir, puis vous ressuscitera, alors qu'à Lui vous serez
ramenés " (Coran sourate 11, 26-28}
La mort n'est alors plus redoutée, mais envisagée de manière
naturelle comme une étape nécessaire du devenir humain. Cette acceptation de la mort en
tant que telle permet au musulman de ne pas la nier mais de l'assumer et de la mettre au
cur des croyances afin d'essayer de la maîtriser.
L'existence de la foi et corollairement la confiance en la
miséricorde divine confère à l'inéluctabilité de l'évènement " mort" une
autre dimension. Celle de la soumission et de l'acceptation, mais aussi celle de
l'espérance; en cela que la mort n'est qu'un avatar éphémère marquant la continuité
d'un temps cyclique, ouvert sur les dimensions de l'éternité. D'où l'expression
populaire qui est véhiculée dans l'entourage des malades et des mourants · " hada
ma cha'Allah ". Formule consolatrice, aussi faut-il avoir la foi et la sagesse de
l'accepter.
Ainsi, selon le personnel médical du Centre du Cancer, les
musulmans frappés par la terrible maladie ne sont pas emportés par cette révolte qui
submerge d'abord des européens.
LES RITES DU GROUPE SOCIAL
En outre, la mort n'est pas seulement appréhendée comme un
évènement strictement individuel mais elle se place au cur du groupe social. La
mort provoque un retour sur soi, la communauté mesure sa vulnérabilité et elle la
refuse.
Cette perte irréparable d'un individu est repoussée "
magiquement " par le groupe tout entier aux moyens d'un essaim de symboles.
Toutefois, la disparition d'un individu dans le groupe n'est tolérable que dans la mesure
où ce dernier intègre la mort dans un cycle vie-mort sans fin ou les vivants remplacent
les défunts et où l'on associe naissance et décès.
Lorsque le groupe est confronté à un évènement perturbateur, la
mort étant le pire par excellence, la communauté recourt à un système codifié pour la
circonstance qui s'oppose à la perturbation destructrice créée par l'événement. Il
s'agit d'une sorte de riposte collective ou d'un mécanisme d'énergie visant à atténuer
le désarroi consécutif à l'évènement ainsi que le sentiment de froid que véhicule la
mort lorsqu'elle survient.
Tout un arsenal de symboles réconfortants se met en place pour
repousser, voire anéantir l'aspect terrifiant de la mort. Par la croyance et le côté
sacré, le rite acquiert une fonction hautement apaisante et sécurisante.
Il convient toutefois de rappeler que la mort elle-même est d'abord
saisie comme scandale, désordre, contagion qui menace en première ligne les proches du
disparu. Elle n'est pas reconnue ou acceptée sous son aspect naturel, sa manifestation
implique toujours une culpabilité.
L'EVOLUTION DES RITES
Les prescriptions de la Risâla semblent de moins en moins
formellement respectées. Néanmoins, on assiste toujours à une continuité et à une
théâtralisation des rites mortuaires indiquant l'acuité de ceux-ci dans le vécu
quotidien. Or, ces rites sont coupés de leur origine et se trouvent profondément
désacralisés par une perte ou une confusion des valeurs. Ce qui faisait dire à Louis
Vincent Thomas "quand le signe persiste, il arrive qu'il soit vidé de son sens au
point d'en devenir au sens fort du terme, insignifiant".
Par ailleurs, on constate l'importation des modèles occidentaux
quant aux pratiques et rites funéraires. L'aspect traditionnel de ces derniers coexiste
avec la modernité et tend de plus en plus à être transformé par elle. Ainsi, la mort
maghrébine " moderne " sous l'influence occidentale devient dénuée de toute
socialisation réconfortante, à la fois de l'agonisant et de ceux qui l'assistent. Cela
contribue donc à une déperdition des valeurs et à une désacralisation de la mort.
"La désacralisation ininterrompue de l'homme moderne a
altéré le contenu de sa vie spirituelle, elle n'a pas brisé les matrices de son
imagination : tout un déchet mythologique survit dans des zones mal contrôlées.
D'ailleurs, la partie la plus "noble" de la conscience d'un homme moderne est
moins "spirituelle" qu'on est généralement tenté de le croire ".
LE DEUIL MUSULMAN
La mentalité musulmane face à la mort est directement encadrée
par l'enseignement religieux.
Le temps de la mort et des funérailles est un temps spécial pour
les musulmans, un moment où tout acte peut prendre une importance considérable. C'est un
peu comme si, après avoir franchi le seuil, le défunt laissait derrière lui la porte de
l'au-delà entrouverte, le temps qu'elle se referme d'elle-même en quelques jours.
Ce qui est fait à côté ou à destination du défunt semble avoir
une efficacité sur la vie de celui-ci dans l'au-delà tout comme, à l'inverse, chaque
acte est suivi d'une conséquence bénéfique ou maléfique pour son auteur.
Bénéfique lorsque le défunt est honoré, maléfique lorsqu'il y a
transgression d'interdit ou négligence dans les devoirs.
La bonne attitude est alors celle qui rappelle, d'abord au moribond,
puis ensuite au défunt, ce qu'il y a d'essentiel dans la foi.
Le musulman qui meurt est orienté vers La Mecque et son entourage
lui récite la Shahâdâ (profession de foi musulmane). Lorsque le décès est survenu, la
sourate "Yasin" est récitée par un entourage surveillant ses propres pensées
à proximité du corps. Celui qui pense "à mal" près d'un défunt ou qui feint
sa peine porte du tort au disparu et à lui-même par contrecoup.
La mauvaise attitude est donc celle qui va de la malveillance à
l'hypocrisie.
Mais elle peut aussi être celle qui dénote d'une absence de foi.
Ainsi, L'Islam condamne vigoureusement les exagérations de larmes ou de sentiments. Il
permet la peine, mais exclut les attitudes démonstratives car les larmes doivent être
dignes et discrètes. Souvent, les hommes ne pleurent pas.
La foi est donc le soutien naturel du musulman pour qui, tout se
résume dans la phrase : "c'est à Dieu que nous appartenons et c'est à lui que
nous retournons".
LA FAMILLE ET LA COMMUNAUTE
Selon la tradition et dès que le décès est survenu, la famille en
avertit les amis, les gens vertueux de la communauté et les proches parents. La maison du
défunt est alors ouverte aux visites pour les condoléances. Les femmes reçoivent les
femmes et restent au domicile. Les hommes reçoivent les hommes la plupart du temps chez
un voisin.
La durée des visites au domicile est indépendante des délais
prescrits pour
organiser les funérailles proprement dites. Les condoléances se
pratiquent pendant trois jours et pas au-delà, sauf dans le cas où quelqu'un se déplace
de loin. Il est de bon ton, pour un musulman, de s'y astreindre. Le visiteur emprunte
souvent la formule de politesse : "Que Dieu augmente ta récompense, t'accorde
l'endurance et pardonne à ton regretté" à laquelle répond la famille :
"Amen, que Dieu te récompense et t'évite tout mal".
Certaines familles organisent un "festin" au retour du
cimetière et reçoivent
pendant les funérailles avec aisance. Ce genre d'attitude est mal
vu par la communauté musulmane car les dépenses sont alors perçues comme des actes
destinés à se faire remarquer. En la matière, spontanéité et sincérité sont de
règle.
ANNONCE DU DECES
Les prescriptions morales de l'Islam limitent la pratique des
annonces dans la presse ou la commande de faire-part. La famille laisse souvent aux
membres de la communauté le rôle d'annoncer le décès. En pays musulman, la
"salat", prière pour le défunt, est récitée par deux muezzins dans le
minaret de la mosquée. Ensuite, les portes grandes ouvertes de la maison du défunt
indiquent où est le mort.
ALLER AU PLUS VITE
Tout enterrement doit être réalisé dans les plus brefs délais.
En pays musulman, un mort avant midi est enterré le même jour. Un mort de l'après-midi
est enterré le lendemain matin. Plus le défunt a été pieux de son vivant, plus vite on
doit l'enterrer. On raconte même qu'un imam turc décédé à 16 heures de l'après-midi
a été enterré le soir même, avant que le soleil ne se couche (car on n'enterre jamais
la nuit).
LA COMMUNAUTE FACE A
L'IMPURETE
La mort est donc conçue et vécue comme un phénomène "
répréhensible ", relatif au désordre. En effet, la communauté considère que la
mort " souille " tout ce qu'elle approche ou ce qu'elle atteint. Cette notion de
souillure explique bien l'importance des rites qui visent à éliminer totalement cette
impureté, présente tant par le cadavre que par ses proches, voire toute la maisonnée.
Les interdits sont avant tout centrés sur le corps, reflet de la
société, lieu par excellence de toutes les souillures, et c'est en réglementant toutes
ses fonctions que l'on pense pouvoir se mettre à l'abri de la confusion.
D'où la nécessité de procéder à une ultime toilette du mort en
raison de sa vertu purificatrice. L'impureté écartée, tout rentre dans l'ordre, car il
n'est convenable de rencontrer Dieu qu'en état de pureté " Dans l'agonie bien des
impuretés ont pu se produire et il convient de ne rencontrer la face du Seigneur qu'en
état de pureté absolue. Seul le juthmân at tahir est digne du liquâ ma'a wajhillahi
".
De plus, cette impureté ne touche pas que le cadavre, elle est
également le désagrément de tous les proches du défunt. C'est ainsi que la famille en
deuil est tenue traditionnellement de se rendre au hammam une semaine après
l'enterrement, afin d'ôter l'impureté consécutive à la mort. En outre, la mort est
perçue en tant que désordre social car elle perturbe et entame l'agencement et la
cohérence du groupe. La conscience grégaire pousse la communauté à se sentir coupable
et affectée à la fois par la disparition d'un de ses éléments.
LA TOILETTE MUSULMANE
La toilette musulmane est l'élément le plus important des rites
funéraires en Islam. Y pourvoir est un devoir sacré que le musulman réserve à son
prochain.
Agé ou jeune, entier ou non, le corps d'un défunt doit être
lavé, à l'exception des martyrs tombés pour l'Islam, nettoyés par leur propre sang.
La toilette du musulman intrigue les occidentaux par son aspect
mystérieux, mystique même et par la force obligatoire qu'elle exerce sur les croyants.
Les musulmans sont d'ailleurs réticents lorsqu'on leur demande de préciser la méthode
adoptée pour nettoyer le corps. En fait, si la toilette s'impose avec une telle vigueur,
c'est parce qu'elle représente un devoir des vivants à l'égard du défunt.
D'ABORD UNE PRE-TOILETTE
Quelques minutes après la mort, une pré-toilette est pratiquée
par le plus intime du défunt, souvent dans le secret car les musulmans sont pudiques et
chastes. Le corps ne peut être connu que par le plus proche. Après la mort la toilette
d'une femme est effectuée par des femmes, celle d'un homme par des hommes. Seules
exceptions, le mari peut laver sa femme et une mère peut laver son fils jusqu'à l'âge
de six ans.
Il existe une autre nuance qui, bien que n'étant pas elle-même
directement dans la doctrine de l'Islam en découle cependant indirectement. En effet, la
pré-toilette met le corps du défunt en "conformité" avant qu'il ne soit
confié à l'Imam pour la toilette rituelle proprement dite.
Un récipient d'eau est chauffé dans lequel on mélange du henné,
lequel est censé garder souples les muscles du défunt et faciliter ainsi la deuxième
toilette. Les rejets éventuellement survenus pendant le trépas sont nettoyés. On
asperge tout le corps avec l'eau mélangée au henné, lequel masque la couleur naturelle
de la peau en la colorant.
AU DOMICILE
La famille s'occupe de tous les préparatifs et fait chauffer de
l'eau. Elle n'est ni froide, ni bouillie. On y ajoute de l'alcali, de l'eau de rose ou
toutes sortes d'essences sans alcool.
L'usage d'une eau de toilette est proscrit à cause de sa teneur en
alcool. En Orient, on ajoute 300 grammes de feuilles fraîches de lotus dans l'eau tiède.
Le corps est souvent parfumé par une macération de camphre et de feuilles de myrte dans
de l'huile de cèdre, à défaut une huile neutre. Il faut deux serviettes de tissu pour
enrouler autour de la main et deux carrés de ce même tissu pour couvrir les organes
génitaux du défunt.
Le corps est placé sur une table en bois blanc, de 2 mètres sur
1,20 mètre et d'une hauteur d'environ 50 cm. Souvent, cette table est gardée à la
mosquée, ainsi que les ustensiles, seaux, éponges nécessaires.
A LHOPITAL
Une personne expérimentée et honorable doit diriger la toilette,
aidée la plupart du temps par une personne plus jeune.
Celle qui dirige doit obligatoirement avoir accompli le pèlerinage
en lieux saints.
Les deux intervenants peuvent être raisonnablement payés pour leur
service, "à hauteur du prix d'un tablier et d'une paire de chaussures" dit la
coutume.
Le corps est posé sur la table et déshabillé en coupant les
vêtements le long de leurs coutures. L'opération se déroule en milieu clos coupé des
regards extérieurs.
Elle se décompose en trois étapes :
- Le nettoyage du corps
- les ablutions rituelles avec prières spéciales
- le lavage et onctions de parfums.
Le corps est dirigé face à l'est, tête à l'ouest.
Pour le nettoyage, l'eau est versée en abondance sur le corps de
manière à cequ'elle touche toutes les parties de celui-ci. Le nettoyage est pratiqué
par une personne pieuse et honnête.
Il commence par un savonnage général du corps dans l'ordre suivant
: la tête, puis le dos, main droite, main gauche, pied droit puis pied gauche. Pour les
femmes, les cheveux sont dénoués et lavés.
Ensuite, on nettoie les parties sexuelles, théoriquement en
laissant dessus le carré de tissu. Sinon, l'opérateur tourne son regard dans une autre
direction. Le corps est ensuite rincé à grande eau. Les parties du corps ont été
savonnées et grattées à l'aide d'un torchon enroulé autour de la main. Enfin, le buste du défunt est relevé et l'abdomen massé. A la suite de quoi,
le siège est nettoyé avec du coton et de l'eau.
A la différence des pratiques occidentales où lon empêche
les écoulements et dégagements gazeux, les musulmans bouchent également tous les
orifices, sauf la bouche, non pas pour protéger l'environnement des émanations, mais
pour protéger l'âme contre toute impureté extérieure pouvant rentrer par les orifices
durant la période où elle est sensée être encore à l'intérieur du corps. La toilette
est donc en partie motivée par la volonté de défendre l'âme du défunt.
RECIT DE LA SHAHADA
Dès que possible l'imam vient au domicile du défunt pour réciter
à l'oreille droite puis à l'oreille gauche la prière dite de Shahâdâ credo musulman :
"il n'y a de Dieu qu'Allah" dit à l'oreille droite et "Mahomet
est le prophète d'Allah" dit à l'oreille gauche. La formule est également
ainsi récitée aux oreilles du nouveau-né dès sa naissance. C'est la même formule qui
est répétée quotidiennement par le croyant, scandant également les actes des musulmans
lors des funérailles.
L'UNION DU CORPS ET DE LA
PRIERE
Le musulman prie avec son corps. Les ablutions quotidiennes visent
à maintenir un état de constante pureté physique, placée comme préalable nécessaire
à la pureté de l'esprit.
L'homme pieux commence les ablutions en disant à voix haute :
"Je me propose de faire les ablutions à ce mort". L'intervention suit un
ordre rituel précis : mains, bouche, intérieur du nez, figure, bras, oreilles, cheveux,
pieds, côté droit avant côté gauche.
L'homme est lavé trois fois, la femme cinq. Le dernier lavage est
procédé avec du savon. Les actes accomplis sont accompagnés par des formules à
mi-chemin entre la prière et le commandement.
FORMULES DE PRIERE UTILISEES
AU MOYEN-ORIENT
La première se récite pendant l'ablution des trois parties : main,
bouche, nez.
"Je reconnais qu'il n 'y a qu 'un seul Dieu et que Mohamed est son prophète.
ô Seigneur puissant et miséricordieux, rend l'entrée de l'enfer illicite pour son
corps".
Pour la figure ; "Seigneur blanchit sa figure et rend son action bonne, ô
Bienfaisant".
Pour la main droite : "Seigneur donne lui son livre dans sa
main droite et ne le fait pas derrière son dos".
Seigneur donne lui son livre dans sa
main droite et ne le fait pas derrière son dos".
Pour la main gauche : "Seigneur, facilite lui les affaires et ne les rend pas
difficiles".
Pour les oreilles : "Seigneur, fait lui entendre du bien au paradis
de... ô Puissant, ô Clément".
Pour les cheveux : "Seigneur, rends l'entrée de l'enfer illicite pour ses
cheveux, ô Puissant, ô Oppresseur".
Pour le pied droit : "Seigneur, raffermis son pied droit sur le pont
droit".
Pour le pied gauche : "Seigneur, raffermis son pied gauche sur le pont
miséricordieux".
ONCTIONS ET HABILLAGE
Le corps est ensuite recouvert de henné après avoir été aspergé
par de l'eau par fumée. Les jeunes gens non mariés ont les pieds et les mains teintés
au henné pendant quelques instants, signe nuptial qui est destiné à une félicité
promise dans l'au-delà. Ensuite, leur corps, tout comme celui de n'importe quel musulman,
est recouvert des pieds jusqu'au cou par du henné. Les jeunes filles sont maquillées, et
les cheveux dénoués des femmes sont tressés.
On imprègne alors le corps d'huile camphrée et parfumée à la
myrte.
Ensuite, le corps est recouvert par un linceul de coton blanc,
lequel peut être au préalable encensé trois fois. Le linceul doit être souple, blanc
et en fibre naturelle, coton ou lin pour les hommes, parfois de la soie pour les femmes.
La fibre de soie est déconseillée : "N'exagérez pas les linceuls, ils seront
vite abîmés" a dit Muslim, témoin du prophète. Aucune couture ne doit être
faite.
Le linceul est une bande de tissu d'un mètre de large environ, et
d'une longueur de 9 m à 11,50 m. On nous a assuré, non sans un petit sourire, qu'il faut
souvent deux mètres supplémentaires de tissu pour revêtir la femme musulmane. En
théorie, le musulman est enterré nu dans le linceul. Il est cependant admis d'utiliser
des vêtements, moyennant le respect de certaines règles.
Le linceul enveloppe ensuite le corps.
Quatre bandelettes de tissu sont découpées. Ensuite, le linceul
est découpé en trois parties pour les hommes et cinq parties pour les femmes. Le linceul
s'enroule du haut vers le bas du corps, partant de la droite vers la gauche avec des
méthodes variables selon les régions. Les grands principes toujours respectés sont
l'extrême pudeur à l'égard du défunt et l'usage constant du nombre impair, soit trois,
soit cinq.
De la girofle et du parfum peuvent être placés dans le linceul.
Ensuite, les quatre bandelettes maintiennent le linceul enroulé autour du corps. La
première se place aux chevilles, la seconde aux genoux, la troisième au niveau des bras
et de la poitrine et la dernière pince le linceul au-dessus de la tête. Le corps est
alors souvent encensé trois fois, puis placé dans un drap de la maison, toujours blanc.
Tous les nuds sont des nuds simples. En terre musulmane, ils sont dénoués
dans la tombe par ceux qui reçoivent le corps, ces derniers agissant en disant
"bismil-leh !" (au nom de Dieu). Les nuds sont censés gêner la sortie de
l'âme du corps. L'imam se tient derrière la tête du défunt et récite la 36ème
sourate avant de sortir de la maison.
L'encens brûle derrière le défunt. L'eau qui a servi à la
toilette est jetée au loin.
Les torchons et carrés de tissu sont détruits. Le seau et autres
ustensiles sont rapportés à la mosquée. La bassine dans laquelle a chauffé l'eau est
purifiée avec de l'eau et de la farine. Celui qui la nettoie doit réciter trois fois la
36ème sourate : "je reconnais qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que Mohamed est son
prophète".
UNE DIMENSION COMMUNAUTAIRE
TRES FORTE
Elle provoque une mobilisation générale autour des endeuillés,
visant à les aider pendant les premiers jours en les déchargeant de tout souci. Toujours
selon la tradition, les voisins veillent eux-mêmes à ce que le domicile du défunt soit
propre, font la cuisine, reçoivent les visites pour que les proches soient le moins
possible dérangés. Ils nettoient de fond en comble l'appartement du défunt dès que le
convoi part vers le cimetière. Ce sont généralement eux qui préparent le repas de
retour du cimetière. Notez cependant que le phénomène d'isolement dans les grands
centres urbains commence à toucher également les foyers musulmans. La charité est moins
forte, moins spontanée.
SUCCEDER AU DEFUNT
A ce repas, l'imam qui a présidé les funérailles est convié. Le
repas est destiné à l'âme du défunt. L'imam fait la prière et le fils pour le père
décédé, ou la fille pour la mère décédée, entame le repas en mémoire du défunt.
Il est alors courant, en tant que plus proche par le sang, qu'il ou elle, appelle alors
symboliquement le défunt.
Cela crée en général un moment d'émotion. Le repas consacre le
remplacement du défunt dans sa place au sein de la famille et de la société par son
représentant le plus proche. Celui ci veille alors à remercier tous ceux qui se sont
associés à la peine de la famille. Un repas pour l'âme du défunt est ensuite organisé
le 7ème jour, puis le 40ème jour, puis le 7ème mois, puis au premier anniversaire du
décès.
PARTICULARITES DU DEUIL
Le deuil ne doit pas affecter la vie courante de la famille au delà
de trois jours. En revanche, la veuve doit tenir le deuil pendant quatre mois et dix
jours.
La femme musulmane se culpabilise souvent lors du décès de son
mari. Elle peut être considérée en état d'impureté par la communauté du fait de son
deuil.
Au Maghreb, une veuve trouve difficilement la possibilité de se
remarier. Le deuil de la femme turque est encore plus sévère. Elle doit rester
endeuillée plus de douze mois, porter la tenue noire et le foulard blanc et ne consommer
aucune substance excitante comme le café par exemple.
L'AUMONE EST UN DEVOIR
Il est dit que la première chose à faire par les survivants est de
régler les
dettes du défunt. "L'âme du croyant est esclave de sa dette
jusqu'à son règlement" a dit Al Bukhari, témoin du prophète. Il arrive que la
famille ne puisse honorer les engagements pris par le défunt ou qu'elle n'ait pas les
moyens de pourvoir aux obsèques, dont les frais sont considérés comme la dernière
dette du défunt. La communauté se mobilise en conséquence pour que l'âme du défunt
soit libre de toute dette, l'aumône étant alors considérée comme un mérite pour celui
qui l'accorde.
Dans cet ordre des choses, une famille musulmane qui ne voudrait pas
s'acquitter honnêtement des frais engagés pour les funérailles pourrait s'exposer à
voir son cas critiqué à la mosquée. L'imam peut alors concilier le litige entre le
créancier et la famille débitrice.
UNE VIE FUTURE
"Rendez visite aux malades et suivez les convois funèbres,
cela vous rappelle la vie future" dit Muslim, témoin du prophète. Les musulmans
assument collectivement le décès d'un des leurs et y trouvent du mérite.
Lorsque les services funéraires arrivent au domicile du défunt
avec le cercueil, les obsèques sont déjà bien entamées. La lumière n'a pas été
éteinte dans l'appartement depuis l'instant de la mort, les femmes se sont affairées à
piler et amalgamer les plantes employées dans la toilette, les vêtements du défunt et
le linceul ont été fabriqués, le corps est nettoyé et parfumé, les voisines ont
préparé le repas pour le retour du cimetière et à l'heure dite de la mise en bière,
les hommes se rassemblent devant le domicile.
L'ambiance est souvent caractérisée par les efforts que la famille
fournit pour ne pas se laisser aller à des débordements émotionnels typiquement
méditerranéens. L'imam, en arrivant au domicile, donne le signal que les actes
funéraires proprement dits peuvent commencer.
A LA MAISON
Les hommes qui attendent à l'entrée du domicile demandent aux
services funéraires la possibilité de porter le cercueil.
Ceux-ci se relayent car ils ont la conviction d'obtenir un mérite
individuel en participant activement aux funérailles. Notons que plusieurs témoignages
nous confirment que même le personnel des services funéraires professionnels est
considéré par les musulmans comme ayant acquis du mérite.
Cela se traduit parfois par des marques de reconnaissance et de
sympathie des mois, voire des années après le décès.
Il s'avère cependant essentiel que les professionnels puissent
assurer eux mêmes le vissage du couvercle pour garantir sa bonne fixation. Avant de
procéder à la mise en cercueil, les proches sont tenus à l'écart.
Le corps est saisi par le drap dans lequel il est enveloppé et
déposé couché sur le côté droit de telle sorte qu'il pourra regarder vers La Mecque.
Ce détail est d'une importance capitale pour le musulman qui voit dans son application
une condition incontournable pour le réveil au jugement dernier. Souvent, des coussins
sont installés dans le cercueil pour maintenir le
Aujourd'hui, des capitons verts sont spécialement proposés aux
musulmans défunt penché sur le côté. Aujourd'hui. des armatures de bois sont
proposées en garniture intérieure de cercueil pour la même raison.
Depuis ces dernières années. les cercueils destinés aux musulmans
qui ont émis le vu d'être enterrés dans leur pays d'origine ont beaucoup changé.
Un modèle pour le Maghreb a fait son apparition sur le marché, équipé d'une fenêtre
dans le couvercle permettant d'apercevoir le défunt à travers un hublot. Cette
modification est intervenue depuis que la réglementation des pays maghrébins interdit
l'ouverture des cercueils venant de l'étranger.
Autre évolution significative, des capitons de couleur verte sont
aujourd'hui souvent proposés aura familles musulmanes, le vert étant la couleur de
l'islam. Le corps reste cependant toujours couvert d'un linceul blanc.
Pendant qu'ils interviennent, les musulmans répètent les
invocations religieuses, souvent le "Allaho Akbar" qui rappelle que "Dieu
est le plus grand".
Ensuite, les porteurs de la communauté prennent beaucoup de
précautions pour ne pas bousculer le corps dans le cercueil. Une anecdote peut servir
d'exemple : les escaliers de l'immeuble étant impropres au passage normal du cercueil (il
aurait fallu, en certains endroits, le dresser quasiment à la verticale) une famille a
loué une grue et a sorti le défunt par la fenêtre, veillant ainsi à ce que le corps
soit toujours stable dans sa position dans le cercueil.
A LA MOSQUEE
Le passage du défunt à la mosquée n'est pas une obligation, au
contraire. La mosquée est un endroit que les croyants protègent contre l'impureté. Or,
le corps du défunt est considéré comme impur. Malgré cela, il est courant que la
communauté accepte, sur demande de la famille, une cérémonie en présence du corps à
la mosquée, surtout lorsque le défunt s'y impliquait beaucoup. La cérémonie se
déroule toujours selon le même principe. Le cercueil est installé face à La Mecque,
c'est-à-dire dans l'axe Nord-Sud, et non plus Est-Ouest comme pendant la toilette car le
défunt n'est plus couché sur le dos mais sur le côté droit. La règle veut que ce soit
sa tête et plus précisément le regard du défunt qui soit dirigé vers l'Est, bien que
ce principe soit diversement compris. Théoriquement, puisque la mosquée est orientée à
l'Est, le cercueil se place perpendiculairement au sens longitudinal de la salle de
prière.
L'imam se met derrière le cercueil, parfois accompagné de
servants, c'est-à-dire des personnes honorables de la communauté, le plus honoré étant
celui de droite. Les servants sont souvent au nombre de trois. L'assistance elle-même se
dispose sur trois rangs, le premier étant plus honorable que le second etc., la droite
toujours plus favorable que la gauche. Ceux qui se relaient pour porter le cercueil vont
au deuxième et troisième rang car les notables de la communauté, souvent anciens et
disposés au premier rang, ne sont pas physiquement sollicités lors des funérailles.
Les participants restent debout et doivent accomplir la prière
sincèrement. L'imam commence par le récit de la Fatiha, chapitre premier du Coran,
précédé par "Allaho Akbar". Ensuite, l'invocation "Allaho Akbar"
est reprise suivie de la prière dite abrahamique. Une troisième fois il dit "Allaho
Akbar" et fait des invocations pour le défunt.
Le texte de cette invocation (assez longue) varie selon que le
défunt est un enfant ou un adulte. Une quatrième fois, l'imam dit "Allaho
Akbar" et ensuite procède au salut final qui consiste à dire successivement vers la
droite, puis vers la gauche, la phrase suivante (traduction en français) : "La
paix et la clémence de Dieu soit sur vous".
Le professionnel de pompes funèbres et les chrétiens peuvent être
autorisés à assister à la prière depuis le vestiaire, sous réserve d'adopter une
attitude respectueuse.
LE CORTEGE ET L'INHUMATION
Les Musulmans croient que le corps dans la tombe sera ressuscité au
dernier jour et de ce fait, refusent systématiquement la crémation.
Les dignitaires, les anciens de la communauté et l'imam précèdent
le corbillard en convoi jusqu'au cimetière. La famille se place derrière le défunt et
le restant de la communauté suit, porteurs y compris.
Des invocations pieuses sont adressées par l'imam à l'assistance
qui répond (malgré que l'acte de parler à voix forte soit déconseillé par la
tradition). Le rythme du corbillard s'adapte à la marche de ceux qui sont devant. A moins
que les personnes soient âgées, leur rythme de marche funéraire est plus rapide que
celui des Occidentaux. Les musulmans considèrent qu'il faut aller au plus vite enterrer
les défunts. Arrivées devant la tombe. Ies femmes du cortège, si elles sont venues au
cimetière, soit repartent, soit s'éloignent. Le défunt est descendu dans la tombe par
ses coreligionnaires, tête la première et ensuite la fosse est rebouchée par leur soin,
chacun manipulant quelques pelletées de terre. L'imam pose une pierre sur la tombe pour
marquer l'emplacement du défunt côté tête et, se plaçant derrière la tombe, adresse
une dernière prière au défunt sans la participation de la communauté (exhortation
intime du défunt).
L'obligation d'inhumer en cercueil sur le sol français ampute une
bonne partie du rituel traditionnel funéraire, ce qui la rend frustrante pour les
fidèles. Les instants qui suivent la descente du corps dans la tombe sont
traditionnellement utilisés pour interpeller le défunt, desserrer les liens du linceul
et découvrir le visage du disparu.
Aussi assiste-t-on parfois à des répétitions au cimetière de la
prière qui a été dite à la mosquée, comme si une certaine compensation était
recherchée pour combler l'impossibilité d'aller jusqu'au bout du rituel traditionnel.
Théoriquement, lorsque la prière derrière l'imam et sur trois
rangs a été effectuée à la mosquée, il n'est pas indispensable de la recommencer au
cimetière.
On peut cependant bien comprendre que les fidèles puissent
ressentir le besoin de recommander le disparu une dernière fois à Dieu.
Tout en souhaitant quon enterre le défunt dans de brefs
délais, les musulmans respectent la loi française qui impose un délai de 24h00 entre le
décès et l'inhumation.
QUI EST L'IMAM ?
Le statut d'imam est ambigu. Il n'est pas sacerdotal. En conduisant
la prière, l'Imam reprend le rôle qu'a exercé le prophète sur sa communauté de son
vivant.
On devient imam en étant reconnu par ses prochains comme
dépositaire d'une certaine science religieuse. De plus, il faut bénéficier d'une
réputation d'homme pieux et intègre. On peut cependant se demander quel type de rapports
existe entre un imam venu depuis peu de l'étranger et une famille musulmane implantée
depuis longtemps en France. Malgré cela, les familles lui sont extrêmement
reconnaissantes car il se charge de la toilette rituelle, tâche que peu de musulmans se
sentent capables d'assumer.
QU'EST-CE QU'UNE MOSQUEE ?
Le nom mosquée vient du mot espagnol mezquita qui vient lui-même
du mot arabe masjid. Dans la pratique, les Musulmans l'appellent Jama'a qui signifie
"rassembler, unir". Ce sont donc des salles communautaires où le culte est
pratiqué en groupe ou individuellement. On y vient méditer, prier apprendre, enseigner
et traiter toutes les affaires courantes de la communauté.
On peut y parler de politique comme on peut également y parler d'un
défunt. La première mosquée fut la maison du prophète. Toutes les mosquées sont
orientées vers La Mecque (la Ka'aba).
GLOSSAIRE
Burga : voile composé de bande
d'étoffe blanche cachant le visage, "Tchador" étant le terme équivalent
utilisé par les chiites, non représentatifs de l'islam en France.
Djihad : Victoire sur soi. Lutte défensive.
Emir : Titre de "Commandeur des Croyants" porté par les Califes depuis
le début du 20ème siècle, le calife étant lui-même un chef politique et religieux.
Fatlha : première sourate du Coran, employée dans le rituel funéraire.
Hadith : propos ou geste du prophète.
Imam : " celui qui conduit", laïc choisi pour sa dévotion et ses
connaissances pour présider la prière à la mosquée.
Islam : soumission à Dieu
Kaaba : temple situé près du lieu de naissance de Mahomet à La Mecque.
Mosquée : lieu de prière et d'enseignement.
Mufti : celui qui préside, juge et tranche. C'est le chef spirituel de la région.
Nahda : renouveau islamique (mouvement intégriste).
Ramadan : 9ème mois de l'année lunaire. On en fête le début et la fin. Pendant
ce mois, le Musulman jeûne entre le lever et le coucher du soleil.
Sala : prière quotidienne répétée à cinq moments de la journée.
Shahada : profession de foi.
Shariat : le chemin. Ensemble des IO tirées du Coran et de la Sunna.
Sourate : chapitre du Coran, divisé en versets.
Sunna : prescriptions directes ou rapportées de conduite ou de comportement
établies par le prophète.
Uléma : docteur de la loi, interprétant le Coran.
Bibliographie
"Le Coran" Traduction de R.
Blacher. Maisonneuve et Larose 1972
"Maghreb pluriel" de A. Khatibi. Denoël 1983
"L'Islam religion et communauté" de L. Gardet. Desclée de Brouwer 1970
"La pensée vigile" de Ibn Al-Jawzi, traduit de l'arabe par Daniel Reig. Sindbad
1986
"La blessure du nom propre" de A. Khatibi. Denoël 1974
"Normes et valeurs dans l'Islam" de O. Yahia. Payot 1978
"Sociologie religieuse de l'Islam" J.P. Charnay. Sindbad 1977
"Les deux figures de la mort". A Diouri. In lamalif 1986.
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