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Etude du Credoc

 
Le vécu et la perception
du deuil et des obsèques
Sommaire
Etude réalisée par le CREDOC.
Introduction
La mort : un sujet tabou
Mort et société : un «non-dit» étouffant...
Cérémonial et ritualisation
Cérémonial et ritualisation : une mort digne passe par l’appropriation des pratiques
Un rôle central
Les pompes funèbres : un rôle central, une image ambivalente...
Prestations satisfaisante
Le service funéraire : des prestations satisfaisante...
Marchandisation du deuil
Les produits funéraires : des vecteurs de marchandisation du deuil...
Conclusions
Recherches
 

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Le vécu et la perception du deuil
et des obsèques

Introduction

Si l’on se borne à l’espace géographique et temporel du monde chrétien, la mort dans sa représentation et dans son accueil n’a cessé d’évoluer. Globalement, depuis sa “ christianisation ” plus ou moins forcée et le jeu dialectique de l’Enfer et du Paradis poussé à son paroxysme au Moyen Age, la mort a connu, à partir du siècle des Lumières, une désacralisation progressive de ses représentations. De nouvelles constructions idéologiques s’appuyant sur la philosophie, la science, voire sur la notion de Patrie, sont venues prendre le relais incomplet de ses éclairages mystiques [1]. Si l’organisation même de l’adieu au défunt a toujours épousé les valeurs de son temps, deux constantes sont demeurées au travers des âges : la ritualisation de cet adieu d’une part, qu’elle repose sur des fondements religieux ou laïcs; la proximité de la mort ensuite : c’est dans un lieu familier, habité par les siens, que l’on mourait et que l’on reposait avant l’enterrement.

La seconde moitié du vingtième siècle a vu s’estomper en partie ces deux éléments. La nucléarisation des familles du fait de l’urbanisation, puis plus récemment les recompositions familiales, dans un contexte de médicalisation de la mort, ont eu pour effet de repousser le “ passage ” hors de la vie derrière les portes des hôpitaux [2] , de le déléguer hors de la sphère de l’intime. Parallèlement et progressivement, le rite -encore ostentatoire après guerre, ne serait-ce qu’au travers des tentures dressées devant la maison des défunts et des cortèges fournis suivant les corbillards- s’est rétréci au point de rendre presque invisible aux yeux des citadins la tenue des obsèques : voitures banalisées, cérémonies réduites à leur plus simple expression, disparition des cortèges et des larges réunions de familles, nombre d’enterrements sont aujourd’hui conduits semble-t-il avec un souci prioritaire de rapidité et d’efficacité, laissant de côté la ritualisation du travail de deuil.

Au moment de l’entrée dans le troisième millénaire, alors qu’il est de plus en plus souvent question de “ réalités virtuelles ”, et où nombre de repères structurant sont en pleine friche - les valeurs familiales, les croyances, les notions d’identité en particulier sont aujourd’hui fortement questionnées - on peut s’interroger sur la place de l’homme dans la société. Et si, comme on le pense, le travail de deuil est un des éléments structurants de l’identité humaine, confirmant ou redéfinissant la place des parents du défunt dans la famille et dans son histoire, celui-ci est-il actuellement organisé de manière satisfaisante? Le fait que, dans une société d’où serait chassée la mort, des rites de deuil collectifs plus ou moins spontanés surgissent à l’occasion de la disparition brutale d’une princesse britannique ou d’un héritier américain n’exprime-t-il pas une demande forte de réinstaller la prise en compte de la mort au cœur de la vie de la cité?

L’étude présentée a pour objet d’élucider cette question et de mieux comprendre comment, aujourd’hui, les Français souhaitent voir pris en charge le « passage » d’un proche « au-delà » de la vie. 

[1] C’est Michel VOVELLE qui, dans “ La mort et l’Occident ”, Gallimard, 1983, nous conduit du “ triomphe médiéval de la mort ” à la “ redécouverte ” récente de la mort au travers d’un travail passionnant. C’est également Philippe ARIES qui, quelques années auparavant dans “ L’homme devant la mort ”, Seuil, 1977, écrit la première somme sur les aléas de la prise en compte de la mort dans notre société.

[2] Aujourd’hui, plus de sept Français sur dix meurent à l’hôpital.

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