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Etude du Credoc

 
Le vécu et la perception
du deuil et des obsèques
Sommaire
Etude réalisée par le CREDOC.
Introduction
La mort : un sujet tabou
Mort et société : un «non-dit» étouffant...
Cérémonial et ritualisation
Cérémonial et ritualisation : une mort digne passe par l’appropriation des pratiques
Un rôle central
Les pompes funèbres : un rôle central, une image ambivalente...
Prestations satisfaisante
Le service funéraire : des prestations satisfaisante...
Marchandisation du deuil
Les produits funéraires : des vecteurs de marchandisation du deuil...
Conclusions
Recherches
 

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La mort : un sujet tabou

Mort et société : un " non-dit " étouffant 

Cet accueil chaleureux s’explique : il paraît très difficile, aujourd’hui en France, de trouver une oreille attentive qui accepte de parler ouvertement pendant une heure ou une heure trente de ce sujet tabou, la mort. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que les psychosociologues du CREDOC soient apparus comme des interlocuteurs privilégiés, parce que disponibles, à l’écoute, et acceptant de prendre le temps de parler de ce que peuvent ressentir les personnes qui vivent un deuil.

Or ce sujet, au dire des personnes rencontrées, est pratiquement impossible à aborder avec d’autres acteurs sociaux, individus ou institutions.
" Comment préparer un décès, il faut en parler à son entourage, je pense. J’ai essayé d’en parler, mais avec mon mari et mes enfants on en a très peu parlé, personne ne voulait... ".
" J’en discute de temps en temps avec des amies et c’est vrai que c’est des sujets qu’elles n’aiment pas aborder, qui leur font peur... dans mon entourage, c’est tabou ".
" Moi je n’en discute pas de la mort, je l’évite... j’ai l’impression que je me cache derrière un coussin, je ne veux pas qu’on en parle ".

De fait, socialement, le déni du deuil paraît si important, le sujet si fortement occulté, que l’une de nos interviewées a révélé, sur le mode de l’aveu, cacher " ses morts " à ses connaissances ou relations de travail, simplement par peur de passer pour un personnage malsain, qui porterait la " poisse " à ceux qui la côtoient :
" En 3 ans j’ai perdu mon père, ma mère, mon frère et ma grand-mère... J’ai dû affronter les regards de pitié... Encore aujourd’hui je cache mes morts... parce que sinon on vous regarde comme la petite fille aux allumettes et je n’ai pas envie, je n’ai pas envie de porter la mort, et tous ces gens qui vous collent leurs propres peurs... ça a été jusqu’au point où vraiment je me sentais monstrueuse... J’avais vraiment l’impression que je devais cacher, cacher mon histoire, un pan très long de mon histoire puisque mes parents sont morts de maladie... Je devais le cacher parce qu’on allait me voir comme un monstre, le personnage de tragédie qui porte la poisse, la fatalité, et ça c’est à cause de la société, de cette vision qu’on a de la mort. "

La mort est ainsi refoulée hors du champ social, individus ou acteurs institutionnels se comportant comme si un accord tacite, non dit, interdisait d’aborder ouvertement le sujet. Ce rejet de la mort est assimilé pour beaucoup à la négation d’un aspect fondamental de la vie. Il correspond à ce que l’on croit être la représentation sociale dominante, notamment dans les médias, d’un corps physique éternellement jeune et en bonne santé. Ce refus même du vieillissement, de la dégradation, et de son fatal accomplissement fait que la mort semble au mieux " invisible ", au pire dérangeante et inacceptable.

Un tel non-rapport à la mort est évidemment contesté par la quasi-totalité des personnes confrontées à la perte d’un proche qui, ayant été obligées d’affronter cette situation, vont trouver finalement peu rationnel d’exclure cet aspect de la vie, alors même que " l’on y va tous ".

Or le rapport à la mort inclut à la fois, en amont, les difficultés et souffrances du mourant, aussi bien qu’en aval, le travail de deuil que doivent effectuer les proches après la perte de l’être cher. Faire silence à ce niveau paraît insupportable à nombre de personnes, ce qui explique encore une fois l’accueil chaleureux qui fut réservé aux psychosociologues.
" On ne vit pas du tout dans une société qui entretient un rapport satisfaisant à la mort, on est dans une société où l’on a peur de la mort... ça, ça n’aide pas du tout les gens en deuil à vivre leur deuil parce que, du coup, on vit ça comme une poisse qui fait peur à tout le monde ".
" Un jour j’ai bien ri, je vais chez une kiné qui est relativement jeune, et elle me dit oh! la mort, maintenant, les gens meurent de leur belle mort... Maintenant les gens vivent et puis la mort ça vient certainement mais c’est facile de mourir. Je dis : quoi, est ce que vous êtes allé dans une maison de retraite ? Elle me dit oh! non, ne me parlez pas de ça, ne me foutez pas le cafard ( rires )... ".
" Jusqu'à il y a peu de temps c'était encore trop tabou... On diabolisait la mort, on était presque coupable de mourir et il ne fallait pas en parler. Mais les choses évoluent et on en parle plus librement, c'est bien, on est sur la bonne voie "


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