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Etude du Credoc

 
Le vécu et la perception
du deuil et des obsèques
Sommaire
Etude réalisée par le CREDOC.
Introduction
La mort : un sujet tabou
Mort et société : un «non-dit» étouffant...
Cérémonial et ritualisation
Cérémonial et ritualisation : une mort digne passe par l’appropriation des pratiques
Un rôle central
Les pompes funèbres : un rôle central, une image ambivalente...
Prestations satisfaisante
Le service funéraire : des prestations satisfaisante...
Marchandisation du deuil
Les produits funéraires : des vecteurs de marchandisation du deuil...
Conclusions
Recherches
 

Pompes Funèbres Pompes funèbres >  Le vécu et la perception du deuil et des obsèques > Cérémonial et Ritualisation : Une mort digne passe par l’appropriation des pratiques > Le problème de l’identification d’un lieu de recueillement

Les spécificités de la crémation

Le problème de l’identification d’un lieu de recueillement

Le principal problème rencontré par les proches lorsque l’on évoque l’incinération concerne l’absence de lieu de recueillement. Contrairement à l’inhumation où les restes du défunt sont conservés dans un lieu fixe géographiquement identifié, l’incinération propose de multiples options : " Il y a plusieurs façons de procéder; il y a des gens qui gardent l’urne chez eux, d’autres qui vont la mettre dans un tombeau familial, d’autres qui gardent l’urne et au bout d’un certain temps jettent les cendres. Ça ce n’est pas admis par l’église, on n’a pas le droit de disséminer ses cendres. Alors il y a un endroit où on met les cendres si on ne veut pas les garder, le jardin des souvenirs ".

Des quatre options décrites plus haut, la plus satisfaisante paraît être celle qui consiste à enterrer l’urne ou à disperser les cendres sur le caveau familial, ce qui permet de conserver certains avantages de l’incinération tout en proposant un lieu de recueillement. Or cette situation, outre le paradoxe d’une " urne inhumée ", est aussi souvent la plus coûteuse : elle nécessite l’acquisition d’un caveau si l’on ne dispose pas de caveau familial. 
" Son père s’est fait incinérer, et P. aussi voulait se faire incinérer... Son amie n’a pas voulu que les cendres soient dispersées, elle voulait absolument que P. soit dans une urne sur la tombe de son père. Elle m’a dit : tu pourras y aller, je pourrai y aller, jusqu’à ce que j’apprenne que 15 jours après elle vivait avec un copain de P.... Alors j’ai pris une concession au petit village où il allait; comme on ne pouvait pas laisser l’urne comme ça on en a repris une autre, il fallait remettre l’urne dans une autre urne, et cette urne je l’ai enterrée aux 3/4, c’est une urne en granit... ". " Je disais que la crémation c'était bien, que ça évitait après de penser à la décomposition du corps mais j'ai eu la chance qu'elle veuille que ses cendres soient dispersées sur la tombe de sa mère. Donc il y a quand même un endroit. J'aurais franchement détesté qu'elle s'éparpille en haut des montagnes ou dans le lac parce qu'il n'y a plus rien. Il n’y a plus d'endroit personnel. Bon j'ai des amis dont les cendres des parents sont dispersées dans la mer alors, ils vont au bord de la mer, ils jettent une fleur et c'est bon. Moi j'ai besoin d'un endroit personnel ". 

Si l’on choisit la dispersion des cendres, même en gardant une trace précise du lieu de dispersion, l’absence de marquage physique, de lieu précisément identifié, rend difficile la commémoration du souvenir du défunt. 

Bien souvent, ce n’est que plusieurs années après le décès que cette absence de lieu de recueillement se fait sentir auprès des proches. " 
J’ai la photo du lieu où on a jeté les cendres de mon père, j’ai la latitude et la longitude exacte, et tous les ans on loue un voilier pour y aller... C’est en pleine mer, en Méditerranée, au large de P.; on y va tous les ans avec mon frère ( skipper de profession ) et on jette une couronne de fleurs à cet endroit là... Au mois de novembre de l’année dernière mon frère a fait une véritable crise dépressive, parce qu’il ne pouvait pas aller se recueillir sur une tombe... Je lui ai dit : attends, papa il aurait une tombe en marbre avec son nom, tu te sentirais mieux ? Ill m’a dit : je crois que oui... ". 

La dépose de l’urne dans un columbarium peut également se révéler insatisfaisante : les dimensions du " monument " - une plaque -, le fait que cette plaque soit disposée verticalement - on ne peut y déposer d’objets ou de fleurs - ne favorisent pas le recueillement. En outre, la multiplicité des plaques et leur disposition peut induire un sentiment d’anonymat, et il est alors très difficile de relier le lieu à la mémoire du disparu. 
" La crémation, il y a une petite plaque au columbarium du Père Lachaise et un petit truc pour mettre une fleur... A part ça il n’y a rien, et c’est un des problèmes du columbarium il n’y a pas moyen de se recueillir, c’est une série de plaques, ça fait vraiment série de numéros. Bon c’est rangé, c’est un souterrain avec des murs immenses couverts de petites plaques, et comme c’est sur un mur on ne peut rien déposer ". 

Nous n’avons par ailleurs pas rencontré de personnes souhaitant conserver à domicile les cendres d’un proche décédé. 
" Les cendres, on peut les mettre sur une étagère si on est morbide ".



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