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Etude du Credoc

 
Le vécu et la perception
du deuil et des obsèques
Sommaire
Etude réalisée par le CREDOC.
Introduction
La mort : un sujet tabou
Mort et société : un «non-dit» étouffant...
Cérémonial et ritualisation
Cérémonial et ritualisation : une mort digne passe par l’appropriation des pratiques
Un rôle central
Les pompes funèbres : un rôle central, une image ambivalente...
Prestations satisfaisante
Le service funéraire : des prestations satisfaisante...
Marchandisation du deuil
Les produits funéraires : des vecteurs de marchandisation du deuil...
Conclusions
Recherches
 

Pompes Funèbres Pompes funèbres >  Le vécu et la perception du deuil et des obsèques > Cérémonial et Ritualisation : Une mort digne passe par l’appropriation des pratiques > La présence religieuse : un soutien plus institutionnel qu’affectif

La présence religieuse : un soutien plus institutionnel qu’affectif


L’échantillon comprenait peu de croyants déclarant pratiquer une religion. A l’intérieur de ce groupe de quelques personnes, seule une d’entre elles a clairement exprimé une attente de réconfort de la part du religieux officiant.
" Dans ces moments difficiles, on se tourne naturellement vers le prêtre ". 

Pourtant, nombre de cérémonies, y compris organisées par des non-croyants, passent par une bénédiction à l’église - alors que les croyants pratiquants demandent le plus souvent une messe.

En fait l’église en tant que lieu de rite funéraire répond ici à plusieurs attentes :
Tout d’abord elle représente un espace géographique où tout est fait pour favoriser le recueillement, espace dont les dimensions sont par ailleurs idéales pour abriter une cérémonie regroupant un grand nombre de personnes. On peut donc se retrouver en communauté dans ce lieu, à la fois considéré comme un espace quasi public et un lieu de recueillement.

Dans les villages – beaucoup moins en milieu urbain - l’église occupe un rôle social central, c’est là que l’on se retrouve le dimanche pour la messe, avec le sentiment d’appartenance à une communauté, le village tout entier, communauté beaucoup plus signifiante aujourd’hui qu’une simple obédience religieuse.

Ce lieu a une histoire, les églises sont généralement anciennes. La bénédiction à l’église est aussi un moyen d’ancrer l’histoire individuelle du défunt dans la dimension historique du lieu.

Choisir une cérémonie religieuse, c’est aussi montrer son adhésion à une norme sociale, quelque fois prégnante en milieu rural, où il peut être " mal vu " de s’en tenir à une cérémonie civile.

Enfin, même si l’office est payant - en moyenne 500 francs -, le prix peut généralement être discuté avec le prêtre en fonction des revenus des proches, et à quelques rares exceptions près, payer n’établit pas dans ce cas le sentiment d’une relation mercantile.

L’église peut donc apparaître à nombre de personnes comme un lieu idéal de cérémonie funéraire : on dispose d’un espace favorisant le recueillement tout en montrant son appartenance et celle du défunt à une communauté – ancrage social -, on montre également son adhésion à un rite établi depuis longtemps – ancrage historique -, sans que ceci vienne grever le budget des proches de manière significative.

Cette double dimension historique et sociale rassure, dans un moment où, nous l’avons vu, les proches du défunt sont souvent désorientés.

Mais la dimension sociale du cérémonial, peut, pour certains, renvoyer à l’image d’un simulacre. Pour quelques personnes, c’est l’adhésion à une communauté dans laquelle on ne se reconnaît pas qui est rejetée.
" Le prêtre, il a dit ce qu'on a bien voulu lui dire. Dans les villages comme ça vous avez une église pleine de m’as–tu-vu et trois-quatre personnes qui sont là vraiment. La cérémonie religieuse, pour moi ce n'était rien, c'était conventionnel ".
" Je les ai suivis ( les préceptes religieux juifs ) pour l’enterrement de ma mère, on l’a enterrée suivant notre religion, avec les prières qu’on dit chez nous mais ça s’arrête là, moi j’aurai pu l’enterrer sans rien ".

Excepté pour les croyants pratiquants, les rapports personnels avec le prêtre, le pasteur ou le rabbin apparaissent comme plus secondaires : celui-ci n’est perçu que dans son rôle d’officiant, c’est-à-dire comme un élément nécessaire au bon déroulement de la cérémonie, alors que son statut de guide spirituel n’est pas reconnu.

De fait, les religieux sont rares - les prêtres couvrent un grand nombre de paroisses - et ils semblent avoir eux même intégré le rôle d’officiant - mais pas de guide spirituel - que l’on attend d’eux, s’éloignant ainsi d’un soutien vraiment actif à la famille du défunt, avec laquelle les rapports sont bien souvent conventionnels et dépersonnalisés.
" Le rabbin a fait son speech, et voilà... ".
" Le prêtre regardait constamment sa montre, en fait, il m'a expliqué qu'il était pressé parce qu'il avait d'autres enterrements ".
" Le prêtre n'a pas pu venir, il avait envoyé le bedeau enfin, le sacristain ".
" Le prêtre je ne l’ai pas trop rencontré parce qu’il y a très peu de prêtres maintenant ".
" Il pouvait dire ce qu’il voulait, comme je n’y connais rien... Pour moi, le soutien moral du prêtre ça m’énerve plus qu’autre chose ".

Majoritairement, le ressenti est " neutre ", le prêtre joue le rôle d’officiant de la cérémonie que l’on attend de lui, sans plus. Mais il peut arriver que des proches se sentent dépossédés de l’histoire du défunt par un(e) religieux(se) qui outrepasse son rôle. C’est alors, de nouveau, un sentiment de dépossession qui préside aux obsèques.
" Elle ( une sœur de la chapelle de l’hôpital ) a fait un sermon sur lui alors qu’elle ne le connaissait pas, elle ne l’avait jamais vu, elle n’a raconté que des conneries... C’était choquant... Après elle nous a réclamé de l’argent, parce qu’en plus il fallait payer ".

A l’inverse, il arrive que des personnes - souvent non-croyantes - soient surprises par l’attitude ouverte et chaleureuse de certains prêtres.
" Le curé était très très bien, il nous a reçus. On lui a expliqué qu’on était athée mais que ma mère avait souhaité être bénie... et le curé était très bien, il nous a demandé de parler de notre mère ; il a choisi des textes religieux avec beaucoup d’intuition, on lui a demandé en plus de lire des poèmes qui n’avaient rien à voir avec la religion et il a accepté ".
" Le prêtre qui s’en est occupé on lui a expliqué que P. ( décédé par suicide ) n’aimait pas spécialement tout ce qui touchait à la religion, il a dit ça n’a pas d’importance... Un prêtre absolument fabuleux... Il a fait exactement ce qu’on demandait, on est allé discuter avec lui et on a expliqué qu’on ne voulait que des trucs que P. aimait et le prêtre a accepté que ça se passe comme on avait envie ".


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