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"Coup de gueule" d'un professionnel des services funéraires.


Bondy, le 17 Août 2003

Aujourd'hui, rien...


C'est ce qu'écrivit Louis XVI le 14 juillet 1789...

Nous ne voudrions pas qu'après la crise, l'on écrive : ce dernier été, rien...

C'est pourtant ce qui risque d'arriver car au delà des décisions non prises ou de celles qui n'ont été que des pis-aller, nous devons bien constater que notre société oscille, telle le stylet d'un sismographe enregistrant les secousses, entre la perte de ses valeurs, le culte du plaisir immédiat et l'occultation de tout ce qui viendrait troubler une paisible indifférence.

3000 morts (peut-être 5000) d'un coup en cet été 2003 ! Nombre de nos confrères sont proches de l'écoeurement.

Certes, nos dirigeants ne sont responsables ni de la météo ni de l'isolement des personnes âgées. 

Mais comment nommer ces transports de corps vers des entrepôts frigorifiques destinés habituellement à la nourriture ?

Comment accepter ce travail à la chaîne, imposé par les faits, qui ne nous donnait pas la possibilité de répondre aux demandes les plus urgentes, notamment lors des décès à domicile, certains corps restant trois jours à l'abandon ? 

Pourquoi en sommes-nous ainsi réduits à différer le déroulement des obsèques de 8,10, voire 12 jours ?

Nos collaborateurs - auxquels nous rendons hommage pour leur courage et leur conscience professionnelle, certains n'hésitant pas à stopper leurs congés - ont vécu de près des situations très graves. Ils ont reçu des familles douloureusement atteintes par ces contraintes inhumaines, jamais connues par aucun professionnel à ce jour.
Pourtant il y avait des solutions qui n'ont pas été mises en oeuvre. Certaines que nous avons proposées, comme l'ouverture prolongée des cimetières y compris les jours fériés, ont été retenues. Mais pourquoi celle d'en faire autant avec les crématoriums n'a -t- elle pas reçu d'écho ?

Trois longs jours de perdus, durant ce week-end du 15 août, au cours duquel des dizaines de cas auraient pu être réglés évitant peut-être ces macabres transferts.

Accepteriez-vous, Messieurs les dirigeants, que votre propre mère soit entreposée dans un local des halles de Rungis, avant de recevoir une sépulture digne de ce nom ?

Non, bien sûr. Pourtant c'est ce qui arrive aux familles de nombreux défunts qui n'en demandaient pas tant.

Alors, pour que tout cela ne reste pas qu'un nouvel épisode de "la-faute-à-pas-d'chance", nous proposons qu'une large réflexion soit prochainement entamée afin de mettre en place un plan d'urgence à déclencher dès les premières heures.

Nous avons des idées, des suggestions à faire et nos multiples expériences en témoignage.

Nous ne savons pas quels seront les prochains étés. Nous savons, en revanche, que nous pouvons faire nettement mieux mais avec d'autres conditions d'action à mettre en oeuvre. 


Ecoutez-nous, aidez-nous ! Pour que l'on ne revoie plus jamais çà !

Quelqu'un a dit "Dis-moi comment tu traites ton défunt et je te dirai quel est ton degré de civilisation..."



Gérard Véclin, directeur du réseau France Obsèques Liberté.